L'écriture, c'est la liberté de sélectionner les mots. De choisir le Quoi, le Où, le Pourquoi et le Comment. Libre de choisir.

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La patine de l’usure

«La lumière suscite la réflexion tout autant que ce qui est noir. Nous pouvons découvrir beaucoup de choses sur nous-mêmes en regardant la beauté.»
(Louise Penny)

Dans mes séances d’écriture, j’essaie de trouver du renouveau et des défis, même si la façon de faire se répète d’un projet à l’autre. J’essaie d’éviter de m’incruster dans une zone de confort trop complaisante. Du moins, j’essaie. Mais c’est parfois l’usure du temps qui fait son œuvre. J’ai beau espérer un désir de résistance et de solidité, la lassitude fait parfois son œuvre et dégrade mon plaisir. C’est pourquoi, malgré cette usure inévitable, j’aime me rappeler que devant l’usure s’étale la patine. J’aime voir cette oxydation sur les statues de bronze,  les toitures ou le revêtement en cuivre de certains bâtiments au Québec. J’aime profondément cette patine qui leur apporte un brin de respectabilité. C’est le temps qui s’installe, c’est le bienêtre qui prend sa place, qui s’incruste et fait son nid. J’aimerais laisser derrière moi une douce usure qui enlève le clinquant et préserve le velouté. La patine, c’est la délicatesse, la tranquillité tout en finesse.

Quand j’aurai réussi à écrire de cette façon, j’aurai atteint mon but. Les livres ont toujours été pour moi des façons de voir le chemin qui a du cœur. Dans mes choix de romans, j’aime trouver une route de remises en question, des façons de me secouer, le beau dérangement. Et je souhaite ardemment qu’un de mes livres procure ce stimulus ou cette confirmation du sentiment d’être sur la bonne route. Si mes mots peuvent fournir une petite veilleuse, alors j’aurai atteint le but que je me suis fixé dans mes recherches et mes propres découvertes. 

Et c’est dans le partage que la patine prend son sens. C’est en nous offrant son passage du temps qu’elle peut nous permettre d’y trouver une saveur justifiant de continuer la route et d’y apporter notre contribution. Nous sommes tous friands d’actes sensés et signifiants. Nous espérons tous ne pas travailler en vain. Même si nous n’en faisons pas des engagements formels, il est rassurant et satisfaisant de croire que notre brique apporte une petite complicité à cette construction humaine qu’est la vie. 

Alors, chaque fois que je prends acte de mon concours à ce monde magique des mots, j’espère continuer à m’en délecter. Je veux y trouver du sens, mais surtout du grand plaisir. Car si je n’y trouve pas de la joie, le tout sera surfait et je ne pourrai jamais découvrir ma pépite. Ce n’est pas en essayant de faire sa trace qu’on peut vraiment s’épanouir et créer sa voie. Il n’y a pas de façon unique, de loi absolue pour créer sa patine. Il ne faut que se donner du temps et la possibilité réelle, voire la permission de se tromper. Alors, la sincérité se faufile et crée l’aura de la délivrance dans une explosion de lumière: la patine de l’usure.

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L’important c’est la route

«Souvent, la fin de l’histoire n’est pas une fin, la boucle n’est pas bouclée, du coup le sens de l’histoire est à chercher non dans son dénouement, mais dans son déroulement tout comme le sens de la vie.» (Nancy Huston)

Dans notre vie active, la plupart des professeurs, des leaders et ceux qui prennent le pavé se sont bien évertués à nous faire comprendre que dans la vie il faut avoir un ou des buts. Tous jeunes, nos enfants apprennent que ceux qui font de grandes choses ont axé leur vie sur ce but ultime. Mais quand on aime beaucoup de choses, que l’on préfère la variété et les jours différents, il est très difficile de se faire prendre au sérieux. Et il m’est arrivé de me faire dire qu’on ne peut pas bien faire plusieurs choses à la fois dans la vie. Comme s’il n’y avait qu’une seule bonne chose pour nous. Quelle galère!

Être obligée de choisir et être libre de choisir, ce sont deux choses bien différentes. Je l’ai appris, il n’y a pas si longtemps. Le premier choix laisse croire qu’il ne faut pas hésiter, qu’on doit laisser de côté bien des options pour ne choisir qu’une seule opportunité. Être libre de choisir, prône la liberté, n’est-ce pas? Elle permet d’opter pour différentes avenues et d’y trouver plusieurs satisfactions, chacune apportant un bienêtre différent des autres. C’est l’essence même de la vie: pouvoir goûter à des saveurs complémentaires, des visions même parfois opposées et surprenantes. Et c’est de là que souvent, la curiosité s’installe, d’année en année.

En écriture, il en va de même. La liberté — et l’instinct aussi — est omniprésente dans chaque choix de mots, de personnages ou d’événements. Et pourquoi choisir une seule route, quand on peut embrasser différents parcours? Pourquoi se contenter d’une seule couleur? Ce n’est pas meilleur qu’une seule route, c’est simplement différent. Peut-être un peu moins intense, moins passionné, et pas nécessairement. L’intensité, c’est la personne elle-même qui l’apporte. Pas nécessairement l’option en soi. C’est la façon d’aborder les choses qui module l’ardeur et la profondeur de la sensation ressentie. La passion c’est pendant la route, pas nécessairement au bout.
Dans mes romans, les fins ne sont pas spectaculaires. Je m’en accuse si pour vous, c’est absolument essentiel. Mais ça vaut la route. C’est là où mes personnages vont et on partage leur vision. Ainsi, le dénouement devient satisfaisant. Je vous invite d’ailleurs à lire le texte que j’ai déjà écrit sur la -Fin-. C’est ici.

Défense de respecter les règles

Oh! oh! Le titre vous fait tressauter? Moi aussi. Il me donne des boutons. Je suis du genre plutôt respectueux des lois et des règles en général. Mais j’aimerais être une rebelle en réalité. On veut toujours être autre chose que ce que l’on est. C’est connu. Alors, allons-y plus doucement. Si je vous disais, essayons d’être critiques face aux règles et tentons d’être originaux et de faire autrement. On peut refuser d’être dans la troupe de moutons et refuser tout autant d’être complètement hors champ. Il est possible de choisir un chemin moins fréquenté, mais peut-être pas si épeurant que cela. Commençons par le positif. Prendre des engagements avec soi-même et s’y tenir. Après tout, nous sommes le filon de tout changement dans notre vie.

Respecter mes engagements d’écriture

D’abord, pourquoi des engagements d’écriture? Pendant des années, j’ai commencé des projets d’écriture qui n’ont jamais abouti. J’avais des dizaines de manuscrits qui s’empilaient dans mes tiroirs et même si quelquefois j’aimais ce que je relisais, la plupart du temps, je n’y croyais pas. Puis, un jour, j’ai arrêté de pleurer sur mon sort, je me suis donné la permission de croire en mon talent. Et j’ai enfin décidé de me faire plaisir et de laisser l’écriture me dire que j’en valais la peine. Voilà. À partir de là, je me suis engagée à écrire, au minimum cinq jours par semaine. Le nombre d’heures ou de mots importe peu. Ma difficulté personnelle, c’est de m’y mettre. Dès que je suis dans l’acte d’écrire, tout déboule et se bouscule. J’ai la plume facile. Encore faut-il que je me fasse confiance, que je ne sois pas trop paresseuse et que j’ose écrire et laisser dire.

Respecter mes personnages

Parfois, il y a bataille entre moi, l’auteure, et la vie de mes personnages. J’ai beaucoup de pudeur dans l’écriture. J’ose à peine parfois écouter ce qu’ils ont à dire, je leur mets trop souvent des mots qui ne collent pas à leur vie. J’ai beaucoup de difficulté à les laisser vivre et à écrire ce qu’ils me disent. Être auteure, cela prend beaucoup d’humilité. Il faut respecter ses personnages. Et depuis quelques années, je travaille très fort pour laisser vivre ceux-ci et ainsi découvrir avec eux l’intrigue qui se profile peu à peu sous l’apparition du texte de mes romans.

Respecter les règles d’écriture… ou pas

Je suis un peu rebelle dans l’écriture. Je ne connais pas toutes les règles. Il y en a plusieurs qui m’énervent. Et surtout, je pense que la création doit être un mélange de règles et d’irrégularités, voire un peu d’anarchie. Surprendre, étonner, déranger. Je n’ose jamais aller jusque là, pourtant, à titre de lectrice, j’adore les auteurs qui me secouent un peu. J’aime être poussée dans mes retranchements et devoir me demander: et pourquoi pas? Alors, je rêve du moment où j’oserai aller plus loin, déranger les quelques règles établies un peu trop rigides et secouer le prunier du politiquement correct. J’aimerais vraiment être de ces auteurs qui laissent un sourire sur le visage de ses lecteurs après qu’ils aient terminé les dernières pages de mon roman. J’y ressentirais un grand frisson de satisfaction. Mais ce n’est pas toujours facile. Et l’important est de ne pas lâcher et d’y croire toujours

Le pouvoir des mots

Retrouvez ici mon texte sur Le pouvoir des mots, sur le blogue Plein de livres des Productions Luca ainsi que les textes de quelques autres auteurs. Nous aimons écrire, nous aimons lire, nous aimons rêver. Mais pour écrire, il faut aussi aimer profondément les mots, en connaître la force et la beauté mais aussi le pouvoir. Et peut-être, à votre tour, vous laisserez-vous bercer par leur musique, leur magie. Parce que Pour écrire un mot, il faut d’abord et avant tout, oser…

Crédit image: Pixabay.

http://plein-de-livres.com/le-pouvoir-des-mots/

Pour écrire un mot

Écrire

Dessin au crayon de ma fille Caroline Tremblay à l’âge de 16 ans.

L’écriture, c’est la liberté de sélectionner les mots. De choisir le quoi, le où, le pourquoi et le comment. Libre de choisir.

Écrire. Écrire un mot. Pour choisir d’écrire un mot. Pour l’écriture. Pour les mots. Pour comprendre. Pour l’étude des mots. Pour se laisser bercer. Pour le sens de ce qui arrive aux mots dans leur exploration de la vie. Pour se laisser surprendre. Pour que les mots nous habitent, nous façonnent, nous surprennent. Pour l’étude de l’écriture. Le jour. La nuit. L’été comme l’hiver. Pour donner. Pour me choisir. Pour donner un sens à ma vie.

Et c’est alors que s’inscrivent toutes les découvertes des lettres, des sveltes consonnes et des mots effilés ou grossiers. Les mots pleins de rondeurs ou les lettres tout en hauteur, snobant les émotions, appelant le questionnement ou l’interrogation. Les mots, les phrases, les découvertes en paragraphe, en page ou en chapitre. Et tout se suit, se poursuit, jour après jour, mot après mot.

Pour l’écriture. Pour l’écritude. L’étude de l’écriture. L’analyse des mots. L’espoir du devenir, du sens, des sens. Et l’écriture se pomponne, s’endimanche et ose dire l’histoire avant tout. L’écrivaillon devenant coquet, les mots se coiffent de beauté, de saveur, de tendresse. Chaque rencontre devient l’intrigue. Qui se tisse serrée entre le vrai et l’inventé, entre le beau et le détestable. Un sourire, un rictus, un éclat de rire, un sanglot feutré. Tout peut s’y complaire ou exaspérer. Tout devient vrai ou complètement faux. Tout peut arriver et créer la joie, la surprise, la haine ou la peur. Et c’est avec les mots, les gens, les lieux et les sens que tout se transforme en soi et devant soi. La rencontre évolue et se marie dans une explosion de devenirs: réel, étrange, souhaité, attendu.

L’histoire s’est épanouie, ouvrant ses ailes librement, vers une rencontre unique, la seule qui nourrit la plume, la plus intime et la plus vraie: celle du lecteur, de la lectrice avec les mots. Ce mariage d’amour qui permet la joie. Cette union de vie qui permet l’union du lire et de l’écrire, cette écritude choisie dans l’amour et la folie, le plaisir et la gaité, le contentement de toujours trouver les mots qui nous parlent, nous émeuvent et nous suffisent. Dans le lire. Comme dans l’écriture. Aujourd’hui. Demain. Et toujours.

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