L'écriture, c'est la liberté de sélectionner les mots. De choisir le Quoi, le Où, le Pourquoi et le Comment. Libre de choisir.

L’absence et la retraite

Drôle de titre me direz-vous. Mais c’est vraiment un flash que j’ai eu il y a quelques jours. En mai dernier, j’ai décidé de prendre ma retraite. Pour toutes sortes de raisons, les principales étant que j’en avais ras le bol d’être stressée, de me sentir toujours plus lessivée que la veille. Ras le bol qu’on s’évertue à relever la petite bête noire, mais de ne plus jamais prendre le temps de dire merci pour le travail bien fait. Le respect commençait à se faire rare dans mon milieu de travail. Et de quitter cet emploi pour un autre, ailleurs, ne m’emballait plus. J’avais surtout envie d’autres défis, d’enthousiasme, de passion, pour commencer quelque chose de nouveau, mais uniquement pour moi. C’est alors que j’ai compris que j’étais vraiment rendu à me choisir et à refuser qu’on veuille sans arrêt me former à devenir quelqu’un qui ne s’inquiète que de la performance. Ce n’était pas moi. De plus, je n’ai jamais compris que les dirigeants ne savent pas encore que quelqu’un d’heureux au travail est performant, en absolu. Aujourd’hui, on a « viré ça de bord », on exige, on semonce, on use de son pouvoir et ainsi, on crée des travailleurs blasés, tristes et inefficaces. Il n’y a plus d’amitié, de confiance et de plaisir au travail pour la plupart des gens.

J’ai donc décidé de prendre ma retraite. J’avoue n’avoir jamais pris une si belle et si bonne décision. Je suis maintenant très sereine, harmonieuse, heureuse, enthousiaste par mes nouveaux projets d’écriture et tellement satisfaite de pouvoir lire de façon boulimique. Mais, je dois le dire aussi, il y a quelques absences dans ma nouvelle vie. Je n’ai plus de rencontres sociales quotidiennes, je suis moins disciplinée, je suis plus paresseuse, presque trop relax certains jours. Mais ce n’est pas grave, j’ai surtout des absences positives. Et oui, ça existe des absences qui ne sont pas négatives. En voici quelques-unes:

* Je n’ai plus de stress;

* Je n’ai plus l’obligation de me lever à 6h et de braver le froid, l’hiver, tôt le matin;

* Je ne suis plus obligée de travailler tout le week-end pour préparer mes repas de la semaine, faire le ménage, le lavage et bla bla bla;

* Je n’ai plus d’insomnie la nuit pour prendre des notes pour ma journée du lendemain;

* Je n’ai plus de comptes à rendre à personne, sauf à moi-même;

* Je ne reçois plus de reproches d’un patron qui est probablement lui-même frustré de ses propres obligations;

* Je n’ai plus l’impression que le temps m’échappe;

* Je ne me sens plus déçue, ni frustrée, ni abusée, ni vidée.

Voilà! Pendant plus de 50 ans, j’ai priorisé les valeurs du travail, du patron, de l’organisation au détriment, très souvent, de mes propres convictions. Pendant toutes ces années, j’ai eu un emploi « au service » des autres, et j’ai dû, plus souvent qu’à mon tour, faire fi de mes besoins pour satisfaire ceux des autres. Maintenant, je découvre à la retraite, que j’aurais pu vivre autrement, ou à tout le moins, faire ce travail avec une autre intention derrière qui m’aurait été beaucoup plus profitable. Celle de prendre du recul, d’exécuter un travail sans que celui-ci ne devienne mon oxygène principal. Le travail est un gagne-pain. Mais il ne devrait pas « gagner » toutes les minutes de notre vie, ni en devenir le point central.

J’apprends cela, je ressens et comprends cela, maintenant, à 60 ans. Aujourd’hui, j’ai mes propres projets. Je décide de l’horaire de ma journée. Si je n’écris pas une journée, c’est bien comme cela. Mes objectifs sont beaucoup plus larges, plus souples. Je fais ce qu’il se doit mais à mon rythme, à ma façon. Je priorise le plaisir. Et j’ai l’impression que la vie a une toute autre couleur. Il me semble que c’est ma propre absence qui a un peu teinté ma vie de travailleuse. Même si je me gardais du temps pour moi, pour mes loisirs, ce temps était limité. Maintenant, il est à moi ce temps, il m’appartient, totalement. Et je ne permets plus qu’il s’écourte sans que j’en aie envie. Qu’il disparaisse sans que j’en ressente le besoin. Et le bon temps partagé ou donné pour autrui a tellement une saveur inestimable. Il est plus généreux, plus ample, meilleur. J’en savoure chaque minute, bien davantage.

Ma grande tristesse en rapport avec mon passé: n’avoir pas compris cela à 30 ans. Toute ma façon d’être au travail aurait été probablement différente. Je regrette qu’on nous ait appris à être efficace, mais pas nécessairement à être satisfait de soi. On nous a enseigné à être honnête, mais pas à être franche avec soi. On nous a expliqué comment donner, mais très peu comment recevoir. Ainsi, on se sent coupable d’avoir le goût de se faire plaisir. On nous apprend le travail, mais pas le droit au bonheur. Pourtant, celui-ci est un état d’être. On court tellement après ce bonheur et on ne se rend pas compte qu’il est en nous. Oui, c’est un lieu commun. Mais c’est tellement vrai, qu’on ne devrait jamais cesser d’y penser. Il faut vivre là, maintenant. Et on l’oublie trop souvent. C’est l’absence la plus importante à corriger tout de suite, dans chacune de nos vies. Et ne pas attendre la retraite…

Qu’en pensez-vous? Laissez-moi vos commentaires…

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Commentaires sur: "L’absence et la retraite" (4)

  1. Je suis entièrement d’accord avec ce qui est partagé dans cet article. Un très beau texte, félicitations !
    Je vis aussi et encore cette euphorie, même après 3 ans de retraite.
    De plus, aujourd’hui avec internet, on peut y découvrir tellement de formations et d’opportunités pour devenir un entrepreneur qui s’amuse à faire davantage d’argent. Est-ce un sujet tabou pour vous ? Ça ne devrait pas l’être. Mais le gagner de façon passive car on ne veut pas devenir esclave de son entreprise.
    Sur internet, une fois que tout est en place, tout se fait automatiquement. C’est ce que j’appelle la liberté.
    Ma suggestion : choisir quelque chose que l’on aime, commencer une entreprise à temps partiel, y aller à son propre rythme, puis prendre sa retraite de son travail routinier (métro, boulot, dodo) à 25-30 ans par exemple ou le plus tôt possible.
    Ainsi, vous profitez de la vie avec des choses qui vous intéressent et vous rapportent.
    Joyeuse pré-retraite ! 🙂

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  2. Nicole Vaillanciurt a dit:

    Bonjour Lise, J’ai lue tes articles. Merci de partager avec nous ces belles réflexions…Je dois dire que celle sur la retraite me rejoint particulièrement en ce moment ….C’est tellement vrai… vivre son petit bonheur doucement et enfin avoir le temps d’exploiter ses passions au même rythme….et sans culpabiliser….Ha…enfin!!!…Pouvoir vivre cette belle étape et un cadeau que j’apprécie, surtout que la santé est toujours là. Encore une fois merci… Tu nous fais du bien….Contente de te retrouver et de te découvrir…Bonne journée et au plaisir!!!… Nicole

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    • Merci beaucoup Nicole. C’est du bonbon pour moi écrire et j’y puise tant de bien-être et de satisfaction. Vraiment contente que ça soit apprécié, c’est un peu le but! Bonne journée à toi.

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